La dématérialisation est-elle véritablement écologique ?

de la nécessité d’évaluer l’ensemble des impacts

La dématérialisation est souvent présentée comme une solution écologique permettant de réduire la consommation de papier et les émissions de gaz à effet de serre associées.


Avant toute chose, il convient de rappeler qu’il est essentiel de considérer l'ensemble des impacts des technologies numériques pour évaluer leur impact environnemental réel.

La fabrication des équipements électroniques, tels que les ordinateurs, les serveurs et les dispositifs de stockage, nécessite des matières premières extraites de la terre.

Par ailleurs, la question de la gestion des déchets électroniques et des équipements obsolètes reste un défi majeur en termes de recyclage et de traitement des substances dangereuses qu'ils contiennent.

Si la dématérialisation présente des avantages en termes de réduction de gaz à effet de serre, il est nécessaire de prendre en compte l'ensemble des impacts environnementaux liés aux technologies numériques pour adopter une approche réellement écologique.

La dématérialisation peut elle se vAnter de faire baisser les émissions de gaz à effets de serre ?

Il existe (très) peu de chiffres et d’études sur ce sujet particulièrement vaste.

En France, l’étude qui peut faire référence est celle menée par le groupe Serda Conseils et la Coopérative carbone.

Prenons l’exemple d’une facture

2,5 milliards de factures sont échangées en France chaque année. L’exemple n’est donc pas anodin.

Si on se projette dans le monde de la facture électronique voici le comparatif que l’on peut extraire de l’étude sus référencée (données en g.eq.Co²) :

Facture papier

  1. Impression : 6 à 12

  2. Envoi courrier : 10 à 30

  3. Classement papier : 3300 à 9000 par boite soit 2 à 9 g.eq.Co²/facture (hypothèse de 1000 à 1600 factures/boite) à multiplier par 3 pour une conservation sur 10 ans => 6 à 27 g.eq CO²/facture

    TOTAL = 22 à 69 g.eq CO²/facture papier

Facture électronique

  1. 0 édition

  2. Envoi / réception via plateforme : 80 à 180

  3. Stockage (peut-être inclus dans la plateforme) : 4 à 25 pour 1 Mo, soit 0,2 à 1 g.eq.Co²/facture (hypothèse de 50ko/facture environ)

    TOTAL = 80 à 181 g.eq CO²/facture électronique

Il est donc, dans un scenario de facture électronique au sens de la réforme, plus écologique de générer une facture papier versus une facture électronique.

Prenons l’exemple d’une lettre recommandée papier versus électronique

d’après cette même étude, une LR(AR?) papier génère 35 à 105 g.eq.Co² (pour une distance de 1000km!) quand une LRE génère 12 à 120 g.eq.Co².

Ex-aequo (constats similaire pour une lettre papier versus une lettre électronique, ou une signature papier versus électronique)

comparons l’impact carbone du stockage papier versus le stockage numérique

papier

  1. Impression : 6 à 12 g.eq CO²/feuille

  2. Stockage chaud (les 9 premières années) : 3300 à 9000 par boite soit 2 à 9 g.eq.Co²/feuille (hypothèse de 1000 à 1600 factures/boite) à multiplier par 3 pour une conservation sur 10 ans => 6 à 27 g.eq CO²/feuille

  3. Stockage froid (30 ans en conteneur physique) : 10 000 à 24 000 pour 1/2mètre linéaire (2500 feuilles) => 4 à 10 g.eq CO²/feuille

    TOTAL = 16 à 49 g.eq CO²/feuille archivée 40 ans

Support électronique NATIF

  1. Utilisation et stockage en GED transverse 5 ans : 18 à 75 g.eq CO²/Mo soit 1 à 7 g.eq CO²/feuille (selon le poids électronique du document)

  2. Archivage électronique en SAE 30 ans : 6 à 75 g.eq CO²/Mo soit 0,3 à 7 g.eq CO²/feuille

    TOTAL = 1 à 14 g.eq CO²/feuille archivée électroniquement

Le gagnant est donc : l’électronique, haut la main, tant sur du moyen que sur du long terme

Processus de dématérialisation

  1. Coût carbone de l’usage d’un outil de LAD/RAD/OCR = 24 à 57 g.eq CO²/feuille!

Si on vient en revanche ajouter un processus intermédiaire faisant passer du papier au numérique, le résultat est inversé.

l’IMPACT des usages et des technologies

Prenons un seul élément de comparaison : l’impact carbone de l’archive d’1Mo a un poids équivalent à l’envoi d’un email avec le même poids de fichier.

Cela nous ramène à l’usage rationnel des outils et à l’accompagnement que fournissent ceux-ci.

Dans le monde numérique, on constate deux travers qui augmentent (considérablement) l’impact carbone :

  1. la multiplication des mêmes données (fichiers)

  2. la conservation “at vitam aeternam” des données/fichiers

Alors même qu’il n’a jamais été aussi simple de le gérer : c’est clairement dans les attributs des solutions de GED ou d’ ECM de résoudre ces problématiques :

  1. Pour limiter la multiplication des mêmes fichiers :

    1. en dédoublonnant les fichiers, si possible avant leur dépôt

    2. en permettant l’échange des fichiers par lien hypertexte, en interne, comme en externe et non par mail réduisant la multiplication des pièces jointes dans les boites mail

    3. en gérant le versionning total des fichiers, quels que soient leurs formats.

  2. en permettant de gérer des durées de conservations automatisées fonction des types de document pour soit les déverser dans un SAE (Système d’Archivage Electronique) plus adapté pour une archivage long terme, soit en les supprimant, tout simplement

CONSLUSIONS sur l’impact environnemental du numérique versus le papier

Comme on vient de le voir, le débat a lieu d’exister et existe. Il n’est pas facile de le trancher et nécessiterait des études approfondies. Toutefois, on peut retenir de cette approche et d’autres articles que l’impact lié au va et vient entre les technologies est important. On peut donc retenir les bonnes pratiques suivantes :

  • Un document natif électroniquement gagnera à le rester; la réflexion restant la même pour le papier

  • Des solutions robustes (GED / ECM) permettant d’éviter les doublons, d’accélérer les recherches, d’accéder à l’information facilement (prévisualisation), et d’en gérer les étapes du cycles de vie (date d’archivage à froid, d’obsolescence..) sont de précieux alliés, si elles ne sont pas énergivores.

De nombreuses externalités existent également : par exemple le télétravail n’a été rendu possible que grâce au numérique, mais en revanche le numérique créé une forme d’infobésité (multiplication exponentielles de l’information) du fait de la faciliter à y accéder et à la conserver sans même en avoir conscience (il n’y qu’à penser à la multiplications du nombre de photos depuis l’avènement des appareils numériques et désormais des smartphones).

Quelques références indépendantes que vous pouvez consulter

Lutte contre le greenwashing au dépend du papier : https://fr.twosides.info/FR/greenwashing-aux-depens-du-papier-un-combat-toujours-necessaire/

Serda Conseil : https://www.conseil.serda.com/referentiel-dematerialisation-ecoresponsable

Emmanuel MOUSSU

20 ans d’expérience dans la bureautique et la gestion documentaire. Fondateur de Digitalsace en 2020.

Optimisateur par nature, je vous facilite l’adoption du numérique.

https://www.vyte.in/digitalsace
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